Lettre de soutien de l’association paysanne indonésienne «Serikat Petani Indonesia» SPI au référendum Stop Huile de Palme contre l’accord de libre-échange avec l’Indonésie, Zainal Arifin Fuad, secrétaire général du SPI.

Hidup Petani ! Viva la Via Campesina !

En réponse à la lutte menée par Uniterre et d’autres organisations de la société civile en Suisse pour rejeter l’accord de libre-échange entre la Suisse et l’Indonésie, qui est sous l’égide du CEPA Indonésie-AELE (IE-CEPA), le SPI [1] déclare par la présente sa solidarité et son soutien à la lutte de nos amis.

En tant que mouvement ayant une plate-forme anti-néolibérale, le SPI et La Via Campesina [2] ont longtemps lutté pour résister au libre-échange. La lutte qui a été mise en œuvre sous forme de protestation contre l’un des symboles du libre-échange comme l’OMC, où le SPI et La Via Campesina ont construit des fronts de résistance, a commencé à Cancun, Seattle, Hong Kong, Genève, Bali, Nairobi, Buenos Aires jusqu’à présent. C’est pourquoi la SPI rejette fermement l’accord IE-CEPA, qui de surcroît, aura des répercussions directes sur l’Indonésie.

En ce qui concerne cet accord, le SPI a en fait exprimé son refus de manière explicite dès le début. Avec d’autres organisations de la société civile en Indonésie, le SPI a formé une coalition visant à fournir une résistance aux négociations en cours à l’époque. L’organisation de manifestations de rue, la rencontre avec les délégués de chaque pays et l’envoi d’une lettre de protestation au président de la République d’Indonésie pour qu’il cesse de négocier l’accord de libre-échange sont quelques-unes des mesures qui ont été prises.

Le SPI est consciente que les accords de libre-échange sont des concepts qu’il faut rejeter et auxquels il faut résister car ils mènent les paysans à la pauvreté. L’importation de produits agricoles et alimentaires porte préjudice aux paysans, alors que les grandes entreprises des secteurs de la production et de la distribution renforcent leur pouvoir. Les paysans seront marginalisés parce qu’ils ne sont, soit-disant, pas compétitifs et seront remplacés par des sociétés agro-industrielles.
Cela aura également un impact sur la qualité des produits agricoles. En règle générale, les paysans cultivent de manière agroécologique et leurs produits sont respectueux de l’environnement, sains et nutritifs. Ce ne sera plus le cas ! Les aliments issus de monocultures gérées par des entreprises seront contaminés par les traitements chimiques qu’elles utilisent. Sans compter que les pertes que subiront les paysans seront exacerbées par l’application de réglementations telles que les ADPIC ou l’UPOV 91. En outre, dans les pays liés par l’accord, la gestion traditionnelle des semences [3], telle que pratiquée par les communautés agricoles, ainsi que la souveraineté alimentaire seront complètement érodées.

L’accord de libre-échange aura des répercussions encore plus graves si le projet de loi omnibus en Indonésie est adopté. Ce projet est très représentatif des intérêts des grandes entreprises et très préjudiciable aux paysans. Il concerne entre autres, des règlements relatifs à la Land Bank (banque publique basée aux Philippines), au droit de propriété immobilière pour les étrangers, à la réduction des obligations et des sanctions pour les sociétés gestionnaires des plantations. Toutefois, grâce à la pression populaire, la discussion sur le projet a pu être reportée et les citoyens peuvent organiser leur riposte. (Voir https://spi.or.id/tak-hanya-klaster-ketenagakerjaan-spi-desak-dpr-hentikan-semua-pembahasan-klaster-di-ruu-cipta-kerja-yang-ancam-petani-rakyat-yang-bekerja-di-pedesaan/)

L’existence d’accords de libre-échange qui sont renforcés par la loi omnibus rend la mise en œuvre de la souveraineté alimentaire très urgente. La souveraineté alimentaire implique la réalisation du droit à une alimentation de bonne qualité et culturellement appropriée, produite avec un système agricole durable et respectueux de l’environnement. En d’autres termes, la souveraineté alimentaire défend le principe de la diversification alimentaire en accord avec la culture locale existante. La mise en œuvre de la souveraineté alimentaire est un accomplissement des droits de l’homme par le fait qu’elle respecte le droit de déterminer leurs propres systèmes agricoles et alimentaires dont le socle est une agriculture familiale basée sur le principe de solidarité.

Le SPI regrette profondément la défaite de l’initiative sur la souveraineté alimentaire de 2018 qui a également été initiée par Uniterre et d’autres organisations de la société civile en Suisse. Cependant, cette défaite ne sera pas la fin de notre lutte pour la réalisation de la souveraineté alimentaire, non seulement en Suisse mais dans le monde entier. En outre, depuis 2018, nous avons appris beaucoup de choses qui nous seront utiles pour réussir dans la lutte actuelle, à savoir le référendum sur les accords de libre-échange. Ce combat doit être gagné comme la victoire que nous avons remportée ensemble lors de l’acceptation par l’assemblée générale des Nations unies de la Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales [4].

C’est pourquoi, une fois de plus, la SPI réitère son total soutien à ce que font ses amis en Suisse, à savoir développer la lutte qui a déjà été menée par la SPI en Indonésie, une lutte qui doit être poursuivie afin de réaliser la souveraineté alimentaire dans le monde.

Plus d’informations :

[1] https://viacampesina.org/en/tag/indonesia/

[2] https://viacampesina.org/fr/

[3] https://voir-et-agir.ch/la-reponse-du-seco-est-insuffisante/

[4] Adoptée le 17 décembre par l’Assemblée générale des Nations Unies, la « Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales » (UNDROP) définit en 28 articles les droits les plus importants qui doivent être octroyés aux paysannes et paysans du monde entier. La Suisse s’est prononcée en faveur de la Déclaration dès le stade des négociations, donnant à New York un signe clair en faveur des droits des populations rurales. Voir https://uniterre.ch/fr/thematiques/le-monde-dit-oui-aux-droits-des-paysannes-et-des-paysans-cet